MARBOZ, UNE COMMUNE D’ACCUEIL POUR LES ÉVACUÉS DE BELFORT (1914-1916)

L’arrivée des « bouches inutiles » en août 1914.

Dès le 30 janvier 1905, la commune de Marboz avait été officiellement informée qu’elle était désignée pour recevoir 211 bouches inutiles (femmes, enfants, vieillards) habitant des places fortes. La municipalité reçoit la confirmation de cette décision le 9 mai 1914. Entre temps, l’organisation de cette évacuation se précise au niveau national.

Le 7 août 1914, la préfecture de l’Ain annonce l’arrivée le jour même et les jours suivants, par train spécial en gare de Moulin des Ponts, de 231 évacués de la place de Belfort, et elle donne ses consignes.

Ils seront confiés à un membre de la municipalité qui inscrira immédiatement sur un carnet et pour chaque famille, le nom de son chef, son âge, sa profession, sa nationalité, son adresse à Belfort et le nom et l’âge de tous les membres qui la composent. Il est bien précisé que tout ceci n’a pour but que d’obtenir des renseignements nécessaires pour préciser les charges incombant à la commune. Les personnes qui le peuvent feront à pied le trajet de la gare au bourg de Marboz, soit environ 5 km, guidées par un citoyen de bonne volonté. Les autres seront transportées, ainsi que leurs bagages, dans des voitures munies d’une bâche.

En réalité, ce sont 260 évacués qui arrivent  dans notre commune entre les 7 et le 10 août 1914, dont treize familles alsaciennes (donc de nationalité allemande), trois Italiens, les autres étant Français. Tous habitent les mêmes quartiers de Belfort. Rappelons que Marboz compte 2 575 habitants au recensement de 1911, et n’oublions pas que tous les jeunes gens et les hommes valides viennent d’être mobilisés et qu’un grand nombre de bêtes et une grande quantité de blé sont réquisitionnés pour les besoins du front.

La majorité des évacués sont des mères de familles nombreuses, sans profession, accompagnées de leurs jeunes enfants dont parfois des nourrissons et quelques femmes plus âgées. Il y a également quelques jeunes filles de 18 à 22 ans, en grande majorité ouvrières aux filatures des sociétés Dreyfus et Dolfus. Leurs pères et leurs frères, qui sont partis au front, étaient eux aussi pour la plupart employés dans ces mêmes entreprises ou à la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (S.A.C.M). Cette entreprise abandonnera rapidement ses productions traditionnelles pour fabriquer du matériel de guerre (câbles téléphoniques et télégraphiques, matériel TSF et cinq millions d’obus). Ces jeunes filles feront partie des premières personnes à retourner à Belfort entre novembre 1914 et janvier 1915, sans doute pour reprendre leur travail ou remplacer les ouvriers mobilisés. Parmi ces évacués, on ne compte que neuf hommes.

NOURRITURE ET LOGEMENT DES ÉVACUÉS EN AOÛT ET SEPTEMBRE 1914

Il faut loger et nourrir au plus vite tous ces gens qui arrivent fatigués, avec peu de bagages, dans une région qu’ils ne connaissent pas, ayant tout laissé derrière eux et surtout qui sont inquiets sur le sort de leurs maris, fils ou frères engagés sur le front. Ils sont immédiatement répartis dans diverses maisons, chez l’habitant, en évitant dans la mesure du possible la séparation des familles.

Dès le 10 août 1914, les deux cantines des écoles publiques servent des repas aux évacués : celle de l’école de filles sous la responsabilité de la directrice, Mlle Parriaud, et celle de l’école de garçons dirigée par M. Collet, instituteur et secrétaire de mairie. Une cantine est attribuée à chaque famille, les repas étant servis à 7 heures le matin, 11 h 30 le midi et le soir à 6 heures précises. Les cantines sont approvisionnées par les paysans marboziens pour le lait, les œufs, le fromage, les légumes (beaucoup d’oignons, racines, haricots verts ou secs, pommes de terre) et par les commerçants du bourg pour le reste (viande, lard salé, graisse, riz de Saïgon, macaronis, épicerie…). Tous les fournisseurs doivent transmettre leurs factures en mairie. Du 9 août au 14 septembre 1914, la cantine de Mlle Parriaud reçoit 1 500 kg de boulets de charbon et 194 litres de vin. Du 12 au 23 août 1914, on lui livre 610 litres de lait, 698 kg de pain, 45 kg de pommes de terre, 45 livres de haricots verts, 25 fromages Mont Dore, 9 fromages de chèvre, 45 livres de beurre, etc.

Il est à noter la quantité importante de vin distribué, les bénéficiaires étant des femmes et des enfants. A cette époque, le vin était donné aux enfants car il était considéré comme un fortifiant et une source de bonne santé. Ces cantines cessent de fournir des repas aux évacués le 26 septembre 1914 car à compter de cette date, les familles reçoivent une allocation journalière qui leur permet d’acheter elles-mêmes leur nourriture. Elle est de 1,50 F pour une personne de plus de 16 ans, de 0,75 F pour chaque enfant de 4 à 16 ans et de 0,50 F pour chaque enfant de moins de 4 ans. Le paiement de ces allocations s’effectue deux fois par semaine.

La commune de Marboz ne peut entretenir seule toutes ces personnes. Aussi, dès le 7 septembre 1914, 46 évacués sont transférés à Pirajoux et le lendemain, ils sont 45 à partir pour Beaupont. La préfecture trouve que le contingent d’évacués sur Marboz est encore trop important et demande le transfert de 40 d’entre eux vers Coligny le 1er octobre et de 20 vers Domsure le jour suivant. Le 16 novembre 1914, il ne reste plus à Marboz que 100 évacués sur les 260 arrivés trois mois plus tôt. Puis, entre novembre 1914 et mars 1915, de nombreuses familles retournent à Belfort ou, pour quelques personnes, à Lyon, à Clairvaux dans le Jura et en Haute- Saône etc. Le premier octobre 1916, seulement deux familles soit dix personnes résident encore à Marboz.

Les évacués arrivés début août ne devaient rester que quelques semaines, le temps de gagner la guerre. Ils n’avaient emporté avec eux que leurs habits d’été. A l’automne 1914, il faut trouver des vêtements chauds pour ceux qui vont passer l’hiver à Marboz. Un Comité belfortain du Tricot des enfants évacués envoie des paquets d’habits à distribuer aux plus nécessiteux. Il y a également la possibilité de retourner à Belfort chercher des vêtements d’hiver mais cette démarche est très encadrée. Les autorisations de voyage ne peuvent être accordés qu’à une seule personne déléguée par quatre ou cinq familles. Il faut indiquer dans la demande le nombre des membres et l’adresse à Belfort de ces familles afin de permettre à l’administration d’apprécier si la délivrance de l’autorisation de voyage est justifiée.